
Jazz en liberté (1965-1976) est probablement l'émission Jazz de Radio-Canada la plus connue. Plusieurs performances de Jazzman québécois y sont devenus des albums (Yvan Landy, Michel Donato...). Mais avant 1965, et même avant 1964, l'an zéro du jazz québécois (année de parution de l'album "The Montreal Scene" de Nick Ayoub); Radio-Canada diffusait déjà depuis plusieurs années des concerts jazz mettant en vedette des ensembles québécois et canadiens. Certains de ces enregistrements oubliés sont précurseurs de la toute première vague d'album jazz québécois. Le but de ces émissions Radio-Canadienne semble avoir été de faire la promotion d'un jazz d'ici nationalement mais aussi internationalement.
Il y eu d'abord l'émission "Jazz du Canada" (1960) dans lequel on retrouvait notamment le québécois Gilbert Lacombe. Puis trois ans plus tard, on retrouva Yvan Landry et Nick Ayoub dans une autre émission nommé également "Jazz du Canada" (1963). Finalement, le concept changea de nom et l'émission fut nommée "Jazz 64".
D'après le peu d'info que j'ai trouvé, Jazz 64 aurait été constitué comme suit:
1-Le Trio de Pierre Leduc

3-Trump Davidson and his Dixieland Band
4-The McConnell / Basso Quintet
5-J.J. Johnson & Chris Gage Trio
6-The Neil Harris Quartet
Si un lecteur avait des informations supplémentaires, contactez-moi.
Thème version 1964
Fait étonnant, sur le premier album de Pierre Leduc "Information" (1966); Long Line Blues sera joué mais de façon assez différente. Le rythme est plus up-tempo et la pièce est même renommée "Thème" :
Thème version 1966

Sinon, le reste de la prestation de Pierre Leduc n'inclut que des inédits. Des pièces comme: "Theolonica", "Solar", "Speak Low", "Prelude to a Kiss" ne peuvent malheureusement être entendues que sur ce rare enregistrement. Selon toute vraisemblance, il s'agit là du premier enregistrement de Pierre Leduc. On pourrait même dire qu'il s'agit de son premier album tant il y a de contenu.
Le trio Pierre Leduc était alors composé ainsi:
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Trio Pierre Leduc / photos tirées de jazzcitymtl.com |
Batterie: Pierre Béluse
Basse: Carl Palmas
Piano: Pierre Leduc
Prelude To a Kiss est un début accrocheur. Par moment, le style est définitivement plus expérimental qu'un trio piano à la Oscar Petterson ou Jerry De Villiers. Des pièces comme "Solar" (Miles Davis) ou "Theolonica" (compo originale), sont à peu près dans le territoire du Free Jazz. On reste assez surpris dans "Theolonica" lorsque le contrebassiste sort un archet et fait un solo. Rappelons que cet enregistrement précède de cinq ans l'album du Quatuor de Jazz Libre du Québec. Puis, "Prelude to a Kiss" (Duke Ellington) est joué en piano solo par Leduc de façon très convaincante. Ma préférée reste "Long Line Blues" (compo originale), utilisé comme thème au début de l'émission mais aussi entendu dans son entièreté un peu plus tard.
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Composition du Quintette de Nick Ayoub à Jazz '64 (Don Habib à la contrebasse) |
Premièrement, le contrebassiste Don Habib (qui composa les deux pièces ("Bib and I" et "Ya Habibi") faisait encore partie du quintette à ce moment là. On peut d'ailleurs voir le quintette tel qu'il était formé lors de son passage à Radio-Canada sur la photo ci-contre tirée du site Jazz Petite Bourgogne.
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Composition du Quintette Nick Ayoub sur Montreal Scene (Michel Donato à la contrebasse) |
Deuxième preuve que "Jazz 64" précède "The Montreal Scene": la pièce "Pillsville" n'était pas encore nommée ainsi. Elle est présentée comme "One for fire".
Nick Ayoub a plus d'une fois changé les noms des pièces figurant sur "The Montreal Scene" avant la parution de l'album. Prenons exemple de la suite "Montreal East" & "Montreal West" qui se nommait précédemment "Two" & "Part" tel qu'annoncé lors de sa première prestation à Radio-Canada en 1963.

Trois pièces de cette prestation sont inconnues des fans de Ayoub: "When Johnny Comes Marching Home", "Gone With The Wind", "Lush Life".

Si l'on regarde sur le disque on remarque la note: "Date d'échéance: le 31 décembre 1965". Passé cette date la consigne était non seulement de ne plus mettre en onde ces enregistrements, mais même de les détruire. Heureusement que cette consigne n'a pas été suivie par tout le monde. Imaginez le manque de vision ! Non seulement les ententes contractuelles avec les artistes en question n'étaient pas renouvelées mais ces bijoux devaient être détruits. Quel gaspillage.
Fut un temps où Radio-Canada avait les moyens et l'ambition d'exporter du contenu québécois à l'étranger. Cette époque semble bien lointaine aujourd'hui. Pour toutes sortes de raisons, de nos jours, l'attitude semble plus de penser petit. On fait plutôt dans la gestion de la décroissance. On ne peut que s'en désoler.
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